KOFA-FFCF Classiques
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Remake, mélange de respect, de jalousie et de crainte
Certains films ravissent notre cœur, on les appelle des chefs-d’œuvre. Après en avoir vu, les réactions des cinéastes sont diverses, mais se résument généralement en deux émotions : respect et jalousie. Souffrant de ces sentiments, un jour, le cinéaste décide de faire un remake. Mais il réalise bientôt qu’il est un funambule tenant entre ses mains un lourd balancier qui symbolise son désir d’exister en tant que cinéaste.
En 2011, la section Classiques du FFCF présente deux films originaux et quatre remakes nés dans un mélange de respect, de jalousie et de crainte le plus dense de l’histoire du cinéma coréen.
En 1955, Shin Sang-ok réalise dans un pays dévasté Dream, basé sur le roman du même titre de Lee Gwang-su. Le film décrit l’histoire de moine Choshin, amoureux de Dalrye, fille de haut rang, qui reviendra au bouddhisme après l’expérience du monde profane. C’est une œuvre précieuse du cinéma coréen, car elle montre la première période de l’univers cinématographique de Shin (3e film de Shin, mais le plus vieux conservé) ainsi que le premier stade du cinéma coréen (la KOFA n’a les copies que d’environ 10 films coréens parmi 110 films produits entre 1946 et 1955). En 1990, Bae Chang-ho fait un remake de Dream. Il utilise comme matière de base la légende de Choshin sur laquelle le roman repose. Si Dream de Shin reprend dans l’œuvre originale le thème de la fugacité de la vie humaine, Bae, en plaçant Dalrye comme objet de désir, parle lui des gens modernes égarés à cause de désirs charnels et de l’attachement.
Le deuxième couple de cette section est formé des deux Eunuch de Shin Sang-ok (1968) et Lee Doo-yong (1986). Contrairement au titre, le film de Shin met l’accent sur la vie des dames de la cour. Le film a connu un grand succès (320 000 entrées à Séoul). A cause de scènes sexuelles voire homosexuelles, il fait sensation au point que Shin est accusé de lasciveté. La cour, milieu particulier qui contrôle même le désir sexuel des gens, et ses occupants seraient l’allégorie de la Corée des années 60. A l’opposé, Lee fait ressortir les eunuques. Loin de l’homme faible devant sa condition et le pouvoir dans la version de 1968, le Jeong-ho de 1986 est un personnage héroïque sans peur de risquer sa vie. Afin de retrouver l’amour, il s’oppose à la souveraineté. Nam Gung-won et Do Geum-bong apparaissent dans les deux films dans des rôles différents.
Promise of the Flesh (1975) de Kim Ki-young et Late Autumn (1981) de Kim Soo-yong sont les œuvres les plus opposées de cette section. A partir de l’histoire de la rencontre et de la séparation d’un jeune couple subversif dans l’œuvre originale Late Autumn (1966, Lee Man-hee – malheureusement perdu), ils produisent leur propre film. Comme un psychodrame, Promise of the Flesh montre la trajectoire de guérison de l’esprit d’une femme envers les hommes qui l’ont autrefois outragée. Au contraire, Late Autumn de Kim Soo-yong traite profondément de la psychologie d’un couple qui s’aime dans une situation pressante. Si Promise of the Flesh est un film rempli de couleurs vivides, Late Autumn est en couleurs pastel. En 2010, Late Autumn est réalisé à nouveau par Kim Tae-yong. Vous le découvrez également dans la section Paysage.
- Jun Huijin, programmatrice FFCF 2011
Chaque année depuis 2006, l’Association 1886 organise le Festival Franco-Coréen du Film au centre de Paris, au sein du Quartier Latin.